« Trous » du mental

Les faiblesses du mental

Les « trous » du mental sont des moments d’inattention ou de perturbation mentale qui rendent le combattant vulnérable et qui font, qu’à cet instant précis, il est incapable de réagir de façon optimale à une situation donnée. Il est important de prendre conscience de nos trous mentaux ainsi que ceux de l’adversaire, pour diminuer les nôtres et tenter de profiter des siens.

 

L’état mental désiré en combat correspond à une concentration intense, globale et détachée de tout objet précis. 

Photo: Mathieu Coderre

 

Cet état permet d’avoir des réactions justes à n’importe quelle situation du combat, étant donné que l’esprit est libre et prêt à tout. L’attention ne doit pas être posée sur un élément précis, mais doit être englobante. Quand on perd cet état de concentration, on tombe alors dans un « trou mental »,  où notre vulnérabilité augmente. On devient alors à risque de se faire surprendre par les techniques de l’adversaire.

Voici des situations durant lesquelles les trous mentaux peuvent apparaître:

1) Lorsque la concentration est attachée à un élément particulier :

  • une blessure ou une douleur
  • une émotion nuisible : peur, obsession de gagner une médaille, etc…
  • l’issue du combat
  • une technique de l’adversaire
    • Exemple : se concentrer sur le gyaku tzuki d’un combattant qui fait de l’anticipation.

2) Lors d’une distraction engendrée par :

  • le public
  • l’entraîneur
  • les arbitres
  • les pensées parasites
  • l’adversaire

3) Durant les actions en combat :

  • lors de la prise de décision avant une attaque
  • lors de l’action et pendant les enchaînements
  • juste après l’action

 

Il est très fréquent que les trous mentaux soient présents à la toute fin d’un enchaînement. Juste après le kiai, on peut souvent détecter une vulnérabilité chez le combattant. Tentez d’éliminer ces trous et détectez-les chez vos adversaires!

 

Les pensées parasites sont toutes les pensées qui font intrusion dans l’esprit et qui ne sont pas utiles au combattant. Elles peuvent au contraire lui être nuisibles. Ces pensées parasites sont intimement liées aux trous mentaux. Lorsqu’une pensée parasite surgit dans notre esprit, un trou mental y est automatiquement associé. En diminuant ces pensées, on diminue les trous mentaux (cf. préparation mentale).

Exemples de pensées parasites :

  • « Si je perds ce combat que vont penser ma famille et mes amis? »
  • « Il est trop fort/forte pour moi! Je n’arriverais pas à le battre. »
  • « Les arbitres sont contre moi, ils ne m’aiment pas et ne sont pas objectifs. »
  • « Si je gagne ce combat, je vais gagner une médaille. »

Pendant le combat, toutes les pensées qui surgissent doivent être une analyse de la situation du combat et un travail pour trouver des solutions. Les pensées doivent toujours être positives et constructives. Des phrases clés peuvent être utilisées pour ramener le combattant sur ses objectifs et sur son plan de match. Chaque fois que le « yame » est entendu, le combattant doit se servir du temps qu’il a pour retourner sur sa ligne, pour analyser la situation, prendre des décisions, se motiver et communiquer avec son entraîneur. Ces moments sont précieux et ne doivent pas être perdus en pensées inutiles et en distractions. 

 

Les trous du mental peuvent être aussi néfastes en attaque qu’en défensive.

 

Lors de la prise d’initiative, le trou mental peut faire que l’attaque est effectuée au mauvais moment et que l’attaquant soit vulnérable pour se défendre d’une contre-attaque. En défensive, un trou mental permet à l’adversaire de nous surprendre.

Il faut s’entraîner à rester dans un état de concentration détaché le plus longtemps possible et s’habituer à diminuer nos trous mentaux durant les actions du combat.

En tout temps, il faut avoir une sensation intense et continue de l’adversaire.

Lorsque l’intensité et l’émotion augmentent dans le combat, il est plus difficile de garder cette concentration détachée. L’émotion peut amener notre esprit sur un terrain glissant. L’émotion doit nous aider à augmenter notre énergie, mais sans qu’elle nous fasse perdre le contrôle. La sensation d’intensité mêlée à une sensation de contrôle est extraordinaire à vivre. Chez les combattants moins expérimentés, il est fréquent de voir, avec l’augmentation de l’intensité, une diminution du contrôle. Alors l’issue du combat devient très imprévisible. Certains combattants performent naturellement mieux sous la pression que d’autres. Mais avec l’entraînement et l’expérience, tous les combattants peuvent apprendre à garder un contrôle sur leur corps et leur esprit, malgré l’intensité élevée du combat.

 

Schéma des lignes de concentration

 

 

Durant le combat, il faut tenter de garder sa ligne de concentration la plus droite possible. Les trous du mental sont quasi inévitables, mais il faut tenter de diminuer leur nombre et leur intensité. Plus un trou est profond et moins on peut réagir à un imprévu.

Une perte de concentration peut varier en profondeur et en durée. Si un trou mental léger apparaît, on peut quand même réagir à une situation en utilisant nos réflexes de survie. Par contre, quand le trou mental est trop profond, aucune réaction adéquate n’est possible.

 

Détecter les trous mentaux de son adversaire

Il est possible de détecter les trous mentaux de l’adversaire. Les trous peuvent se refléter dans son langage non verbal, comme la position de sa garde, ses déplacements ou l’intensité qu’il met dans ses actions. Mais les trous mentaux se reflèteront surtout dans son regard.

Les yeux sont le reflet de l’esprit et du cœur du combattant.

Quand un trou mental apparaît, on ressent un vide dans le regard de l’adversaire. Cette sensation peut ne durer qu’une fraction de seconde. Elle peut être très variable dans le temps et est directement reliée au niveau du combattant.

 

Le trou mental est une sensation de vide dans le regard de l’adversaire.

 

Pour détecter ces moments de vulnérabilité chez l’adversaire, on doit ouvrir son coeur, écouter ses sensations et exprimer son intuition. On doit être intensément connecté à l’adversaire.

 

Trous mentaux selon le type de combattant

Émotif : Un combattant émotif risque de démontrer plus de trous mentaux. Les émotifs prennent souvent plus de risques et peuvent avoir plus de moments de vulnérabilité.

Intellectuel : Un combattant intellectuel est généralement plus prudent. Il démontre moins de trous mentaux durant son combat. Par contre, si on provoque chez ce type d’individu une sensation de perte de contrôle, les trous mentaux vont augmenter.

Lorsqu’on détecte un trou mental chez l’adversaire on peut soit:

  • Le laisser passer et ne pas en profiter
  • Tenter d’en profiter par une attaque ciblée

Une option est de tenter de provoquer un trou mental chez l’adversaire par l’utilisation d’éléments distracteurs.

Pour distraire l’adversaire, on doit amener son attention sur des éléments faux. Voici différentes façons de distraire l’adversaire.  À mon avis, certaines de ces approches sont antisportives, mais il faut savoir que certaines personnes peuvent les utiliser. Les phrases se terminant par un astérisque ne sont pas des attitudes que je préconise.

  • Feintes
  • Mouvements inhabituels
  • Regard vif dans un endroit inhabituel
  • Déplacements excessifs
  • Amener le combat sur un terrain où l’adversaire est mal à l’aise
  • Attitude arrogante*
  • Briser le momentum de l’adversaire par un contact* 

 

Une fois le trou mental détecté ou provoqué, il faut pouvoir en profiter!

 

Le corps et l’esprit doivent être prêts à réagir aussitôt que la vulnérabilité est détectée chez l’adversaire. La fenêtre de temps pour réagir est très courte. Il faut s’entraîner pour avoir une réaction, non sur une action mais sur une sensation. On ne bouge pas parce que l’adversaire a fait une action, mais parce qu’on a senti que c’était le bon moment de déclencher une prise d’initiative.

Au début, on peut avoir de la difficulté à sentir les trous mentaux de l’adversaire. Il faut persévérer, parce que c’est une des clés du combat.

Utilisation des phrases clés pour diminuer les trous mentaux. Les phrases clés peuvent être des phrases de motivation ou des phrases de rappels techniques ou stratégiques. Elles peuvent être utilisées pour la préparation au combat, durant le réchauffement, mais elles peuvent également être utilisées durant le combat.

Exemples de phrases clés :

Concentre toi!, relaxe!, reste vigilant!, plus d’intensité et de pression! La garde haute! Garde les yeux ouverts! Déplace plus!

Si tu es un auditif, répète-toi ces phrases dans ta tête. Demande à ton entraîneur de te les rappeler durant ta préparation. Si tu es un visuel, écris ces phrases sur des bouts de papier que tu gardes dans tes poches et lis-les quand tu veux te recentrer. Les phrases clés aident le mental à rester concentré sur les tâches à accomplir.

 

 

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